Le 6 octobre 1923, la veille de son ordination, Vladimir Ghika reçoit du secrétaire d’État du Vatican, le Cardinal Gasparri, le télégramme suivant : « Heureuse occasion votre ordination sacerdotale Saint-Père daigne s’associer à votre joie et votre bonheur et avec ses félicitations et meilleurs vœux vous envoie de tout cœur comme gage abondantes faveurs divines paternelle bénédiction apostolique. »
Tous les nouveaux prêtres de l’Église catholique ne reçoivent certainement pas ce genre de télégramme du Saint-Père. Il semble bien pourtant que les deux hommes ne se connaissent pas alors, en tous cas, les Archives Vladimir Ghika de Bucarest n’ont aucune trace d’une rencontre antérieure à l’élection d’Achille Ratti sur le trône de saint Pierre le 6 février 1922. Mais Vladimir Ghika est déjà bien connu de la Curie romaine depuis ses études effectuées à Rome et depuis sa présence dans la capitale italienne tout au long de la Première Guerre mondiale. La conversion d’un prince orthodoxe roumain n’est pas passée inaperçue dans la hiérarchie catholique, et encore moins son ordination, 20 ans plus tard, même si celle-ci a lieu à Paris.
D’ailleurs, auparavant, Vladimir Ghika s’est adressé au Pape afin d’obtenir la possibilité de célébrer dans les deux rites, latin et grec. C’est en même temps que le télégramme précité que Vladimir Ghika reçoit cette autorisation, comme l’indique le courrier envoyé par le cardinal Tacci : « Le Saint-Père a lu le mémoire par lequel le Très Révérend Prince Vladimir Ghika a sollicité une fois de plus l’obtention de la permission de pouvoir pratiquer les deux rites latin et roumain, remise personnellement entre ses augustes mains par le Ministre de Roumanie ; et, par l’entremise du Très Révérend Cardinal Secrétaire d’État, il me charge de lui faire savoir qu’il lui accorde le privilège qu’il a demandé. »
Probablement Vladimir Ghika a-t-il été reçu en audience par le Saint-Père dès après son ordination, mais nous n’en avons pas la preuve certaine. En tout cas, il y eut une rencontre en 1926, puisque Vladimir Ghika écrit de Rome à sa belle-sœur, Élisabeth Ghika, le Jeudi-Saint de cette année-là : « Une bonne et longue audience du Saint-Père, hier, avec une approbation plus particulièrement marquée et insistante pour la “baraque” de Villejuif, – ce qui fait que je marche avec plus de confiance encore dans cette direction ; – pour Auberive, des encouragements et de l’intérêt. »
L’évangélisation des quartiers ouvriers déchristianisés allait dans le sens missionnaire que Pie XI voulait donner à son pontificat. Vladimir Ghika était en plein accord avec les autres objectifs désignés par le nouveau pape : pacification des esprits après la Première Guerre mondiale, rejet des extrémismes politiques (communisme et nazisme), rôle accru des laïcs au sein de l’Église, etc.
Pie XI suit toujours de loin l’activité de Mgr Vladimir Ghika, qu’il nomme protonotaire apostolique en 1931. Après l’échec de l’expérience d’Auberive, le Pape pousse Vladimir Ghika à se tourner vers la Roumanie comme il lui dit personnellement lors d’une audience destinée à régler les problèmes posés par le mariage, le 26 juillet 1931, entre la princesse Ileana, orthodoxe, et l’archiduc Antoine de Habsbourg, catholique.
Mais Vladimir Ghika ne rentre pas de suite en Roumanie et continue son fécond apostolat en France et en Belgique principalement. Il fait aussi de nombreux voyages dans le cadre des Congrès Eucharistiques Internationaux, ainsi que deux grands voyages au Japon, remplissant à cette occasion une mission personnelle que lui avait confiée le Pape, voyages qui lui donnent l’idée de créer une léproserie en Roumanie à l’image de celle qu’il avait vue à Kojima.
Pie XI meurt d’une belle mort seulement quelques mois avant le retour définitif de Vladimir Ghika en Roumanie, en 1939, qui a ainsi suivi le conseil exprimé par le Pape quelques années auparavant.
Luc Verly
Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 8 / 2025, p. 27.