Le peintre Albert Besnard qualifie Alexandre de « mystérieux » dans une lettre à Vladimir Ghika. Et il faut bien reconnaître que l’on ne sait pas grand-chose sur le frère aîné de Vladimir. Si, par la correspondance entre leurs parents Jean et Alexandrine, l’on en sait beaucoup pour la période de son adolescence, la suite de sa vie nous reste quasi inconnue.

L’on voit dans la susdite correspondance que ses parents s’opposent à ce qu’il devienne artiste peintre. Or l’on sait que plus tard il prendra le nom d’artiste de Rapineau. Un pseudonyme qui montre une certaine autodérision, car c’est un diminutif de « rapin », qui désigne un apprenti peintre, voire un mauvais peintre. Il y a donc là une double dépréciation de lui-même. D’ailleurs ce nom n’est franchement pas resté dans l’histoire de la peinture. Qui a jamais vu une toile signée Rapineau ?

Pourtant Albert Besnard lui-même, le portraitiste de tant de personnalités de son temps, disait de lui, dans une lettre à Vladimir, du 4 avril 1898 : « Je sais que votre frère Alexandre s’est engagé dans la caricature politique. Ce jeune homme a vraiment des dons bien étonnants. » Puis le 26 février 1899 : « Quant à Alexandre, je donnerais beaucoup pour être dans le coin de son atelier. Il est vraiment étonnant. Je suis sûr qu’il va sortir de là quelque chose de très intéressant. Il a vraiment le feu sacré. »

Eh bien non, rien n’en est sorti ! Pourtant son intérêt pour la politique semble avoir perduré, puisque leur cousine Mitza Filipescu[1] dit à Vladimir dans une lettre du 15 juin 1915, au lendemain de la mort d’Alexandre : « Comme s’il avait voulu nous donner de lui le maximum (comme s’il prévoyait sa fin), il venait déjeuner presque chaque jour chez nous depuis quelques semaines et cela pour être plus près de la source des nouvelles politiques qui le passionnaient ou le mettaient hors de lui, suivant l’attitude de M. B[rătianu] vis-à-vis de ses amis de France. »

Alexandre a bien joué un petit rôle politico-culturel à un moment donné, puisqu’il a été le secrétaire général de l’Exposition Générale de Bucarest en 1906, organisée pour fêter les 40 ans de règne du Roi Carol Ier, et qui a vu la création de l’actuel Parc Carol de Bucarest.

Alexandre ne s’est jamais marié, ayant un temps été plus ou moins fiancé avec Madeleine Exarhu, mais sans que cette liaison ait de suite[2].

 Il semble bien qu’Alexandre ait vécu toute sa vie surtout de la petite rente que lui versait sa mère Alexandrine. Dans une lettre du 29 janvier 1915, Mitza Filipescu dit qu’il continue à mener sa vie de Bohême habituelle. Une vie entourée de beaucoup d’amis, comme l’affirme cette dernière dans sa lettre du 19 juin 1915, suivant de peu la mort d’Alexandre, de congestion cérébrale, au Sanatorium créé par les Sœurs de la Charité de Bucarest : « Et, si cela peut vous être une consolation, je dois ajouter que jamais je n’avais vu un être ayant autant d’amis sincères et profondément affectés par sa disparition. Son cercueil disparaissait sous les montagnes de couronnes et de gerbes amoncelées et les dédicaces de chacune d’elles étaient plus touchantes les unes que les autres. Je n’ai pas besoin de te dire, mon Vladimir, combien j’ai ressenti moi-même la perte de cet être qui, avec tous ses défauts, était un frère chéri pour nous, un camarade de toujours et un être bon et serviable par excellence. »

Et ajoutons qu’il est mort en bon chrétien, comme le dit la même cousine Mitza : « Alex ne s’est pas vu mourir, car il était tombé dans une espèce de coma 24 heures avant sa mort et n’en est sorti que pour prendre la Sainte Communion. Il dort auprès de sa mère et toujours notre chère mère[3] veille à ce qu’on lui fasse régulièrement les prières demandées par les rites de notre religion. »

 

[1] À son sujet, voir Actualitatea Creștină, mai 2026.

[2] À ce sujet, voir Actualitatea Creștină, juillet 2020, p. 27 et Elena Monu, Familia Costache, Istorie şi genealogie, Editura Sfera, Bârlad, 2011, pp. 181-183.

[3] Marie Blaramberg, née Băleanu.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 6 / 2026, p. 27.