Écartons d’entrée une confusion possible : il ne faut pas le confondre avec son cousin, le père dominicain Jean de Menasce (1902-1973), grand spécialiste en langues et civilisations orientales, ni encore avec son autre cousin, lui aussi converti au catholicisme, l’écrivain Georges Cattaui (1896-1974).
Tous trois ont connu Vladimir Ghika. Issus d’une riche famille de banquiers juifs égyptiens, leur conversion au catholicisme n’a pas été facile. Dans une lettre non datée qui raconte l’un de ses voyages en Égypte « qui a déchaîné une véritable émeute » contre lui, il écrit à Vladimir Ghika : « Campagne de presse, hurlements, menaces, crachats, lettres anonymes – à mes sermons foule immense de plus de 3000 personnes, service d’ordre. Les Ministres ennuyés, les Consulats sur les dents. Je vous raconterai tout cela de vive voix et je vous montrerai les journaux. Malgré tout le tumulte un peu de vrai travail s’est fait – quelques conversions se font – et qui vont jusqu’à l’héroïsme. »
Comme Vladimir Ghika, Jean-Marie Cattaui de Menasce fait ses études supérieures à Sciences-Po Paris. Il y est d’abord attiré par le communisme. Mais il fait alors une rencontre qui sera décisive : celle de Jacques Maritain, qui le pousse à se convertir. Il écrit à son sujet à Vladimir Ghika : « Mon cher Monseigneur, je suis sûr que vous devez voir Jacques assez souvent, dites-lui combien je l’aime, combien je pense à lui, combien je voudrais être auprès de lui quelques heures… »
Devenu catholique, Jean-Marie Cattaui de Menasce entre au séminaire français de Rome. Il est ordonné prêtre en 1932. Dans une lettre du 25 décembre 1933, il remercie Mgr Ghika pour sa conférence : « Ici, au Séminaire, le souvenir de votre conférence est toujours vivace, et en moi, je crois, plus que dans les autres, il y a un souvenir ému de votre passage ici à Rome. » Était-ce une conférence sur Villejuif ? Car le Père Cattaui termine sa lettre ainsi : « Priez aussi un peu pour moi. Ne priez pas et n’aimez pas seulement vos communistes de la zone. Aidez-moi à être prêtre dès aujourd’hui par la pureté du cœur et la générosité de l’Esprit. Afin que je puisse faire un petit peu de bien, moi aussi un jour. » Or c’est un tel travail d’évangélisation, sur les traces de son aîné, que le jeune prêtre entreprend dans la banlieue populaire de Rome, comme à Pietralata et Valmelaina.
Mais l’Italie fasciste, à la fin des années trente, sous l’influence hitlérienne, commence à prendre des mesures antisémites. Trois agents de police se présentent à son domicile fin 1939, mais le voyant en soutane ils n’osent procéder à son arrestation et se retirent. Pour le protéger, son évêque décide alors de l’envoyer aux États-Unis. Là, le Père Cattaui de Menasce, reprend ses activités de prêtre des pauvres dans une paroisse noire déshéritée de la capitale américaine, Washington.
Aux États-Unis, il retrouve Jacques Maritain, lui aussi réfugié là pendant la guerre. Celle-ci terminée, ce dernier étant nommé par le général de Gaulle ambassadeur de France auprès du Saint-Siège, il emmène assez naturellement avec lui à Rome son compagnon d’exil égyptien en tant que secrétaire particulier.
En Italie, outre sa collaboration, fort de sa vaste culture polyglotte, au journal officieux du Vatican, l’Osservatore Romano, et la publication de nombreux ouvrages de religion principalement écrits en italien, il reprend son activité auprès des pauvres et fonde, entre autres, avec sa sœur cadette Josette, la première école de travailleurs sociaux d’Italie.
Son activité est couronnée par le Pape Paul VI qui le nomme chanoine de Saint-Pierre en 1971.
Luc Verly
Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 4 / 2025, p. 27.