« Je me souviens d’une nuit dans l’Himalaya. Je me suis réveillé à 2 heures du matin. J’ai vu la voute étoilée et la pleine lune. Je me suis réveillé dans le Cosmos. Là haut, seul l’horizon illimité, l’infini et Dieu, avec lequel l’on peut communiquer. On peut le trouver par l’esprit, par le cœur, par les sens.[1] » Vladimir Ghika – qui insistait dans son enseignement sur l’omniprésence de Dieu, allant jusqu’à dire : « Dieu est tellement partout que, même quand on lui tourne le dos, on se trouve face à face avec lui » – Vladimir Ghika, donc, aurait pu prononcer, je crois, ces mots exprimés par le phytothérapeute bien connu Ovidiu Bojor.

De fait, ce dernier dit avoir une dette envers Mgr Ghika dont il a suivi l’enseignement au sein du groupe d’étudiants qui entouraient le prélat de l’Église Catholique à la fin de sa vie. Et en effet son nom apparaît souvent sous la forme charmante (et quelque peu prémonitoire ?) de « Bujor[2] » dans les derniers agendas de Vladimir Ghika.

« Monseigneur, je l’ai personnellement rencontré dans des conditions dramatiques. En 1947[3], l’Église Gréco-Catholique était devenue illégale. Elle avait été officiellement dissoute. Et alors, avec un groupe d’étudiants, nous nous sommes repliés à la chapelle du Sacré-Cœur de Bucarest (…). En ces années-là il [Mgr Ghika] nous a pris sous sa protection : on se confessait à lui, il nous donnait la communion, il nous dirigeait en matière spirituelle. J’avais tout juste 20 ans quand je l’ai connu, mais il a créé en moi une impression exceptionnelle. Je disais dès cette époque : “voilà un saint”. Il a, pour toujours, frayé le chemin de celui que j’allais être.[4] »

Ovidiu Bojor aime ainsi à rappeler cette maxime de son Maître spirituel : « Dieu donne à ceux qui se donnent. » Et c’est effectivement ce qu’il fit toute sa vie, une vie qu’il a consacrée à rechercher dans la nature des plantes capables de soulager les maux des hommes et à publier ses travaux pour les proposer au plus grand nombre. Jusqu’à la fin de sa vie il prodiguera gratuitement des conseils de nutrition et de médication à base de plantes. « Nous avons beaucoup à apprendre d’elles, et d’abord le sens des mots don et sacrifice. Je me souviens des paroles de Mgr Ghika : “Les fleurs parfument la main qui les écrase.”[5] »

Mais jusqu’où avait-il le droit d’aller sur cette voie qu’il avait choisie ? Il était pharmacien, pas médecin. En proposant des remèdes à ses « patients », ne pratiquait-il pas l’exercice illégal de la médecine ? Les pouvoirs de ses plantes étaient-ils prouvés du point de vue scientifique ? Pour certaines sans doute, mais pour beaucoup d’autres, probablement pas, car tester des substances selon les protocoles scientifiques très rigoureux est long et coûte très cher. Ovidiu Bojor n’a-t-il pas poussé certaines personnes à suivre des traitements douteux à base de plantes au lieu de prendre des médicaments dont l’effet était scientifiquement prouvé ? L’on est en droit de se poser la question.

De même, son admiration pour la nature ne l’a-t-elle pas éloigné des enseignements de l’Église jusqu’à dire : « La Nature est Dieu[6] » ! Phrase aux accents spinoziens qui, en aucun cas, n’aurait satisfait un Vladimir Ghika pour qui la nature est certes l’œuvre de Dieu mais ne doit en aucun cas être confondue avec Lui.

Comme on le voit, en matière scientifique comme en matière religieuse Ovidiu Bojor a choisi sa propre voie, au risque de s’égarer quelque peu, ne respectant pas le 7e commandement qu’il a lui-même énoncé : « Ne pas dévier sur le plan éthique et religieux ![7] »

 

[1] Formula As, n° 1385/2019.

[2] « Pivoine » en roumain.

[3] De fait en 1948.

[4] Entretien avec Alina Blagoi 3 mai 2018.

[5] Ibidem.

[6] Formula As, n° 1385/2019.

[7] « Cele 7 „porunci“ ale lui Ovidiu Bojor » [les 7 commandements d’Ovidiu Bojor], Vatra Veche, déc. 2019.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 11 / 2025, p. 27.