Le 31 décembre 1952, une bombe explose dans un magasin textile proche d’Obor. De nombreuses personnes sont blessées, parfois gravement, dont le poseur de bombe lui-même. Le petit groupe terroriste responsable de cette explosion est dirigé par une jeune femme de 28 ans, Nina Dombrovschi. Venue voir le blessé à l’hôpital, elle est suivie sur le chemin du retour par un officier de la Securitate et arrêtée à son domicile le lendemain, le 2 janvier 1953. Un an auparavant, en novembre 1951, elle avait posé elle-même un engin explosif sous la tribune du Comité Central là où les dirigeants communistes devaient assister à un défilé. Mais, pour des raisons inconnues, l’engin n’avait pas explosé.

La raison de ses actes, selon Nina Dombrovschi, provient d’une première arrestation, en 1949 lorsqu’elle est incarcérée dans une cellule du ministère de l’Intérieur. Elle dira plus tard sur son état d’esprit après sa condamnation à 2 ans de prison avec sursis et sa libération en janvier 1950 : « je suis revenue de prison plus acharnée encore contre eux que quand j’y suis entrée. J’ai décidé alors d’entreprendre quelque chose, certainement très puéril, croyant que si l’on éliminait les membres du Comité Central et du gouvernement on en serait débarrassés.[1] »

Elle cherche alors à se rapprocher de ceux qui résistent au communisme. Quoique orthodoxe, elle semble les trouver chez les étudiants gréco-catholiques de l’association ASTRU, groupés autour de Vladimir Ghika. Son nom apparaît une bonne dizaine de fois dans les agendas de Vladimir Ghika de cette époque. Elle semble déjà être à la tête d’un petit groupe puisque, lors d’une réunion de jeunes catholiques, Mgr Ghika écrit dans son agenda : « Dumbrowska et compagnie ». Mais ce qu’elle trouve là c’est un centre de résistance spirituel et cela ne lui convient pas ; pour elle, il faut aller plus loin, passer aux actes.

Si Nina Dombrovschi s’est refusée à suivre la voie prônée par celui qui aurait pu devenir son père spirituel, elle a aussi refusé celle suivie par son père naturel. En effet, Nina Dombrovschi n’est autre que la fille du général Victor Dombrovschi, or, celui-ci, nommé maire de Bucarest entre septembre 1938 et septembre 1940, sous Antonescu, a accepté de reprendre le poste de maire de la capitale sous le régime communiste, entre août 1944 et juin 1948, sans doute parce qu’il savait parler russe, comme sa fille. Malgré les actes de celle-ci, il ne sera pas inquiété par le régime jusqu’à sa mort en 1969.

Comment expliquer cette attitude de Nina Dombrovschi ? N’était-elle pas quelque peu déséquilibrée psychologiquement ? Le fait que, pendant sa détention, elle alterne les séjours en prison avec les séjours en hôpital psychiatrique le laisserait penser. Elle est d’ailleurs libérée avant terme, en 1959, alors qu’elle aurait dû l’être en… 1977, chose rarissime sous le régime communiste en Roumanie, du moins avant les amnisties générales des années 60. Faut-il y voir l’influence de son père ou une administration pénitentiaire qui veut se débarrasser d’un élément psychiquement instable ?

À la question, posée après la chute du communisme : « Qu’est-ce qui vous a permis de résister à la détention ? » Nina Dombrovschi répond : « La foi en premier lieu, et en second lieu le fait que je n’étais pas enfermée pour rien, c’est-à-dire que le crédo que j’avais en entrant en prison était toujours le même à ma sortie, en moins chrétien (…), mais avec repentir j’affirme : j’ai bien l’impression de ne rien regretter[2]. »

[1] Entretien AIOCIMS n° 7 avec Nina Dombrovsky, réalisé par Georgeta Pop, en janvier 1994.

[2] Ibidem ; voir aussi : Constantin Vasilescu, Clara Mareş (coord.), Nesupunere şi contestare în România comunistă [Insoumission et contestation dans la Roumanie communiste], Polirom, Iaşi, 2015 et Constantin Vasilescu, « La limita răbdării și dincolo de ea. Grupul Ninei Dombrovschi și “atentatul“ de la magazinul “Textila“ » [À la limite et au-delà de la patience. Le groupe de Nina Dombrovschi et l’attentat du magasin Textila], Anuar IICCMER vol. 10, pp. 83-119.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 1 / 2025, p. 27.