Débarqué le 6 octobre 1934 à Buenos Aires, en Argentine, pour participer au Congrès Eucharistique International[1], dont il est l’un des membres du Comité Permanent, Vladimir Ghika est logé dans une famille de la bonne société de la ville, les Miles.

Dans cette famille l’on parle surtout anglais, car les deux parents sont nés de mariages mixtes britannico-argentins. Ils font partie de la classe supérieure argentine, celle des grands propriétaires terriens. D’ailleurs le père, David Benito, est un champion international de polo, ce sport ultra-aristocratique. Il est même cité dans The Polo Encyclopedia[2]. Même si plusieurs ascendants sont protestants, la famille est catholique. Et c’est la maman, Nelida, qui est l’âme du foyer, qui compte 6 enfants en bas âge. Tout le monde se confesse à Mgr Ghika et tout le monde communie lors de la messe qu’il dit dans la maison de ses hôtes. La venue de Vladimir Ghika dans cette famille sera bientôt considérée comme providentielle car, le lendemain, le père de famille monte dans son avion, décolle et… s’écrase dans le Rio de la Plata et se tue. Si Mgr Ghika ne l’avait pas confessé et communié la veille, David Benito Miles serait mort sans les sacrements de l’Église.

Nelida est effondrée et, pour l’encourager, Vladimir Ghika lui raconte l’histoire de sa propre famille : quand son père, Jean, est mort à 51 ans, sa femme, Alexandrine, est restée veuve avec 5 enfants à charge (un sixième était mort en bas âge). Et elle a vu deux de ses enfants, Georges et Ella, mourir dans la fleur de l’âge. Alexandrine ne s’est cependant jamais découragée, ne s’est jamais remariée et a élevé ses deux derniers enfants, ses « bébés » comme elle les appelait, fière d’eux qui allaient devenir l’un ministre des Affaires Étrangères en Roumanie et l’autre, celui qui se trouve alors devant elle, prélat catholique. Elle ne doit ni désespérer de la vie, quelque malheur qui s’abatte sur elle, ni désespérer de Dieu…

La leçon semble porter ses fruits. Quelques mois après son retour en Europe, Vladimir Ghika reçoit une lettre de Nelida Miles dans laquelle elle lui dit : « J’ai un désir énorme de vous voir et de vous entendre parler de Madame Votre Mère. Vous ne savez pas combien je pense à elle. Je la prierai toujours, pour qu’elle m’aide à élever mes enfants, comme la Princesse Ghika a élevé son fils. C’est peut-être regarder trop haut – mais il faut avoir dans la vie de grands idéals. Je vous demande votre bénédiction pour moi, pour mes petits et pour ce bon ami David qui vous attend là-haut. Combien de choses il aura à vous dire, Monseigneur, et je sais que, dans sa gratitude envers vous pour l’avoir si bien préparé pour le grand voyage, il demande déjà au bon Dieu d’exaucer encore plus facilement qu’Il le fait toutes vos saintes prières. »[3]

Lorsque l’on regarde la généalogie de la famille Miles que l’on trouve sur Internet[4], l’on constate d’entrée que le couple apparaît comme ayant eu seulement 5 enfants, l’un d’entre eux étant probablement mort en bas âge, et que Nelida ne s’est jamais remariée. Mais l’on remarque surtout que le fils aîné est devenu… prêtre. Nelida Miles disait vouloir suivre l’exemple d’Alexandrine Ghika, l’on peut dire qu’elle l’a remarquablement suivi.

 

[1] De grands rassemblements chrétiens mondiaux qui ont lieu tous les deux ans et que l’on peut assimiler aux Journées Mondiales de la Jeunesse d’aujourd’hui.

[2] Par Horace A. Laffaye, 1935.

[3] Lettre du 27 mai 1935.

[4] https://www.geni.com/people/David-Benito-Miles-Passo/6000000122870176828.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 13 / 2020, p. 21.

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