Lorsque Mgr Vladimir Ghika est hospitalisé en septembre 1949 à l’hôpital Colțea par les soins du docteur Nasta, il se retrouve immobilisé dans la salle commune pendant une semaine après l’opération faite par le docteur Hortolomei au cours de laquelle il a, comme il le dit lui-même dans une lettre à son frère : « ventre ouvert, yeux ouverts et ciel ouvert ».
Il se trouve que, dans cette salle, est alité un autre prélat, orthodoxe, lui, Mgr Galaction-Cordun, qui vient d’être mis de force à la retraite. Il faut dire qu’il n’est pas en odeur de sainteté à la Patriarchie roumaine.
Au départ Mgr Ghika n’est pas très content de ce voisinage, comme nous le rapporte le Père lazariste Georges Schorung, venu lui donner la communion juste avant l’opération. « Néanmoins, il se créa, en très peu de temps, dans cette salle, une atmosphère de foi, de piété, de sympathie catholique extraordinaire en sorte que je dus porter la Sainte Communion, non seulement à Mgr Ghika mais à d’autres malades. »
Le courant passe donc, semble-t-il, entre les deux prélats de confession différente, et c’est sans doute cela qui fait que, quelques mois plus tard, précisément le 4 décembre 1949 selon l’agenda de Vladimir Ghika, Mgr Galaction-Cordun vient lui rendre visite. Le Père Schorung, témoin oculaire raconte : « un dimanche, pendant la messe chantée, l’évêque orthodoxe, Galaction-Cordun, portant sa croix pectorale, entra dans la chapelle du Sacré-Cœur, la traversa de bout en bout devant l’assistance, entra dans le chœur, embrassa les prêtres ; puis resta longtemps à la sacristie avec Mgr Ghika. L’évêque orthodoxe Galaction-Cordun était condamné par la police à se rendre, le lendemain, dans une résidence avec domicile forcé. Il partait, en manifestant sa foi catholique et en en ayant, sans doute, fait profession devant Mgr Ghika.[1] »
L’on peut cependant douter de l’exactitude de cette dernière affirmation du Père Schorung, parce qu’il a tendance à confondre Galaction-Cordun avec l’écrivain Gala Galaction (1879-1961), prêtre orthodoxe lui aussi et sympathisant avéré de la foi catholique.
L’on sait qu’en 1947 Mgr Galaction-Cordun a été approché par les orthodoxes dissidents « vieux-calendaires » ou « stylistes », qui ont refusé le passage au calendrier grégorien en 1924, pour qu’il devienne leur évêque. L’on peut penser que le prélat orthodoxe, forcé par les autorités de rentrer à son monastère de Căldărușani où il est plus ou moins en domicile forcé, a voulu discuter avec Mgr Ghika du problème du calendrier liturgique orthodoxe.
Il est certain qu’en ce domaine la position de l’Église orthodoxe roumaine est bancale. Suivant la décision du Conseil Panorthodoxe de Constantinople de 1923, l’Église orthodoxe de Roumanie a adopté le calendrier grégorien, ne conservant le calendrier julien, que l’on sait ne pas correspondre aux mouvements astronomiques, que pour le seul calcul de la date de Pâques, afin de rester en phase avec certaines Églises autocéphales orthodoxes, comme l’Église Russe, qui ont choisi de conserver le calendrier julien.
Finalement, en 1955, Galaction-Cordun acceptera de devenir le chef de l’Église orthodoxe de vieux style. Il subira dès lors les foudres de la Patriarchie, qui l’excommuniera de suite. Mais les stylistes jouissent de l’appui de la Patriarchie de Moscou, qui pratique elle aussi selon le vieux style, et Galaction-Cordun a de bonnes relations avec cette Église, lui qui a fait une partie de ses études à Saint-Pétersbourg. Et c’est ainsi que, s’étant échappé de manière rocambolesque du monastère de Căldărușani, où se trouvait également sous bonne garde Mgr Iuliu Hossu, il n’y sera pas ramené et il mourra dans son fief, le monastère styliste de Slătioara, quelques mois plus tard.
[1] Georges Schorung, « Dixième anniversaire de la mort de Mgr Vladimir I. Ghika », Bună Vestire, An III n° 2-3, avril-septembre 1964.
Luc Verly
Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 4 / 2026, p. 27.