Élu pape le 8 mai 2025, Robert Francis Prevost prend le nom de Léon XIV. Le nom que prennent les nouveaux papes n’est jamais un hasard. Il est clair que le nouvel évêque de Rome veut signifier quelque chose par ce choix. Sans doute veut-il placer son pontificat dans l’esprit de celui de Léon XIII.

Mais qu’est-ce qui caractérise ce pontificat et que doit Vladimir Ghika à Léon XIII ? Il est certain que les deux hommes se sont rencontré au moins une fois, Vladimir Ghika étant reçu en audience par le Saint-Père juste après sa conversion, en 1902. Peut-être s’étaient-ils déjà rencontré auparavant, nous n’en avons pas trace. En tous cas, c’est certainement leur dernière rencontre, car Léon XIII meurt un an plus tard, le 20 juillet 1903.

À l’occasion du jubilé de Léon XIII – ses 25 ans sur le trône de saint Pierre, – en cette même année 1902, Vladimir Ghika écrit un long article consacré aux cérémonies vaticanes qui se sont déroulées à cette occasion, tout en faisant un portrait du pape et de son pontificat[1] : « Je n’ai pas l’intention de refaire ici une biographie qui serait forcément trop courte (…). Il n’est pas besoin de signaler l’unité de cette vie toute faite de raison sagace et de foi sûre, jointes en un ensemble harmonieux et clair – guidée par un esprit peut-être plus lumineux encore qu’ardent, en tous cas, merveilleusement adapté par la Providence aux ténèbres confuses de l’heure présente. Léon XIII a su mettre tous ses dons naturels au service de sa tâche ; c’est plus difficile que l’on ne croit, d’être l’homme de son devoir ; ici, c’était plus difficile que tout. Sans perdre son individualité, il a vraiment su être pape et l’on ne pourrait faire un plus bel éloge de lui (…). Les caractéristiques de Léon XIII sont bien connues, ce sens de la justice, (…) cette intransigeance de principes à côté d’une extrême conciliation pour les formes, (…) ce sens, à la fois, du progrès, curieusement suivi, et de la tradition, jalousement gardée (…), ce goût des sciences, des sciences de l’homme surtout (l’essor nouveau donné à la philosophie scolastique ; l’ouverture de ces Archives du Vatican)… »

Notons que Vladimir Ghika profite de cette ouverture des Archives vaticanes pour faire des recherches historiques poussées relatives aux relations ayant existé entre la Rome des Papes et les pays roumains à travers l’histoire. De même il profite du renouvellement des études thomistes pour acquérir une formation philosophique à laquelle il donna une grande importance puisque, lorsqu’il fut arrêté par la Securitate, le 18 novembre 1952, il se rendait chez Edgar Papu pour y donner un cours de philosophie à de jeunes étudiants intéressés. De fait Vladimir Ghika, au cours de toute sa vie laïque et sacerdotale a suivi le chemin tracé par ce pape qui a été celui de tout le temps de sa formation intellectuelle jusqu’à sa conversion.

Quelles furent donc les lignes de force de ce pontificat ? Vladimir Ghika les résume, dans le même article  : « L’indépendance absolue de l’Église, la question sociale devenue question chrétienne, l’arbitrage international [la paix dans le monde], le retour au bercail des confessions dissidentes [l’union des Églises], ces quatre idées proposées au monde par Léon XIII de la façon la plus satisfaisante pour la raison et pour la foi, voilà ce qui, grâce à sa netteté d’esprit, sa force d’initiative, sa hauteur d’âme, sera plus que jamais le programme de la Papauté, la tâche de la Chrétienté de demain. » Donc, d’aujourd’hui.

[1] « Le Trois Mars », in le Monde Catholique, 15 mars 1902, pp. 129-133.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 6 / 2025, p. 27.