C’est au moment de l’ordination de celui-ci, en juin 1927, que Vladimir Ghika, par l’entremise de leur ami commun, le Père Henri Caffarel[1], rencontre le Père René la Fay pour la première fois.
Nommé vicaire à Villefranche-sur-Saône, René la Fay organise, autour d’une jeune fille paralysée, Marie-Louise Louisgrand, un groupe de prière pour les prêtres égarés, qui deviendra le noyau à l’origine du trentain sacerdotal, dont naîtra l’association de prière Virgo Fidelis.
Mais le Père René la Fay se sent bientôt débordé par sa tâche. Il écrit alors à Vladimir Ghika : « Combien je vous suis profondément uni dans votre apostolat. Souvent ici avec quelques âmes nous prions en union avec vous. Je souffre beaucoup – il me semble que je ne suis pas dans la bonne voie, le ministère qui m’est confié m’écrase, trop lourd pour moi ; ne puis le porter, alors, j’ai envie de partir. Que j’ai besoin de lumière, je me sens si seul ! si las de faire toujours plus que je ne puis, de donner plus que je n’ai ! que c’est dur de se sentir au-dessous de sa tâche ! »
Par ses réponses, dont nous n’avons malheureusement pas connaissance, et aussi par ses visites à Villefranche, Vladimir Ghika, qui se reconnaît peut-être dans ce jeune vicaire zélé, tente de lui redonner de l’élan. En septembre 1933, le Père la Fay lui écrit : « Comment vous remercier de la si grande bonté avec laquelle vous nous avez été donné pendant ces deux jours de votre passage ! Je vous en prie Père, demandez au Seigneur pour tous cette grâce de l’oraison continuelle, nous avons si faim, si soif de Lui, et nous sommes si pauvre encore !!! Donnez-nous le Jésus de votre âme, apprenez-nous à l’aimer pour Lui, pour Lui tout seul sans mélange ! »
Mais à la fin de cette même lettre, le Père René la Fay rappelle sa fatigue morale : « Je souffre, Père, comme je ne peux vous le dire, je voudrais tant l’aimer et je ne sais pas ! Il y a tant de défauts et de misère en moi ! Offrez-moi à Lui pour tout ce qu’Il voudra. »
Dans une lettre du 2 janvier 1938, le jeune prêtre écrit encore à Vladimir Ghika : « suis si pauvre et la tâche si lourde à mes pauvres épaules ». Puis, le 5 avril 1938 : « Votre lettre si remplie de la Charité du Maître a apporté un peu de consolation à ma pauvre âme à demi morte de froid. Non personne ne peut savoir comme j’ai mal à l’âme, comme j’ai faim de Lui et honte de moi ! Je voudrais partir d’ici parce que les âmes me pèsent trop ; je voudrais prier plus, et je suis trop pris, et puis je ne sais plus rien. Qui comprendra ma peine ! Il y a des médecins pour tous les malades, des secours pour tous les blessés, y aura-t-il donc que pour ma pauvre âme qu’il n’y aura rien ! Car rien ne me soulage, j’ai faim de mon Dieu et je ne sais où le trouver. Je ne sais plus quel est mon devoir, ce que je dois faire ou ne pas faire… je ne puis être comme Il me demande d’être. C’est une désolation sans fond, dans une solitude sans nom ! Père ayez pitié de moi, pauvre âme, priez pour elle !… Que n’êtes-vous plus près ; il me semble que vous me comprendriez. Mais veut-Il que je sois consolé ? S’Il le voulait, il le ferait !… Père, pardonnez-moi de tant faire de bruit en parlant de moi, et de tant parler de moi. J’offre au Maître ces pauvres souffrances pour votre grand apostolat. »
Mais le départ de Vladimir Ghika pour la Roumanie en 1939 va mettre fin au soutien qu’il donnait au Père la Fay. Cependant, celui-ci, quoi qu’il en dise, n’abandonnera pas le combat, étant longtemps aumônier de lycée, et restera un prêtre zélé jusqu’à sa mort, en 1986[2].
[1] Voir Actualitatea Creștină juillet 2022. Il est intéressant de voir ce qu’Yvonne Estienne dit, dans une lettre à Vladimir Ghika de décembre 1933, de l’abbé la Fay : « Je me suis informé discrètement de ce qu’avait été l’attitude de l’Abbé la Fay lors de la rupture de l’Abbé Caffarel avec vous, et je crois pouvoir vous dire que non seulement l’Abbé la Fay n’est pas de ceux qui l’y ont poussé, mais serait de ceux qui l’auraient retenu. Il a pour vous une affection sans ombre. »
[2] Un ouvrage posthume rassemble ses derniers enseignements sous le titre l’Union intime avec Dieu ou le Contact direct avec le vivant.
Luc Verly
Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 2 / 2025, p. 27.