Le Père Jean Leblanc (1899-1944)

Quand Jean Leblanc, originaire d’Ascq, dans le Nord de la France, entre en mai 1922 comme novice au monastère bénédictin de la Source à Paris, il y rencontre Vladimir Ghika qui y loge alors en simple laïc. Et c’est sans doute pour suivre l’exemple du Prince Roumain, que d’emblée il admire, qu’il veut lui aussi se faire prêtre séculier, surtout que, après 3 ans de noviciat, sa santé fragile ne lui permet guère de devenir moine. Jean Leblanc écrit à Vladimir Ghika qu’il veut « mener cette vie de dévouement et d’amour[1] » qu’il admire chez lui.

Dans ce long et compliqué chemin vers le sacerdoce, Vladimir Ghika va l’accompagner pas à pas, car Jean Leblanc, né en 1899, n’a pas suivi le cursus habituel pour devenir prêtre, il fait partie de ce que l’on appelle les « vocations tardives » que toute sa vie Vladimir Ghika a voulu encourager, car, à son image, il s’agit de personnes ayant vécu dans le siècle et qui se sont rendues compte que leur vraie place était dans l’Église, au sein du clergé. Des personnes à la foi très solide, donc, et passées par les bonheurs et les malheurs de la vie de tout un chacun. Mais les structures d’enseignement ecclésiastiques à l’époque ne sont pas prévues pour de telles vocations. C’est ainsi que Jean Leblanc passe d’un établissement d’enseignement religieux à un autre, demandant à chaque fois des dérogations que Vladimir Ghika s’efforce toujours de lui procurer. Il passe ainsi quelques mois au monastère d’Auberive où Vladimir Ghika avait justement créé une sorte de séminaire pour vocations tardives, qu’il dut au bout du compte fermer, sur injonction de l’évêque du lieu.

Finalement, après bien des déboires, le 29 juin 1932, Jean Leblanc, qui est toujours resté ferme dans sa vocation, est ordonné prêtre dans la superbe cathédrale gothique d’Amiens, mais Vladimir Ghika ne peut assister à la cérémonie car il est alors au Congrès Eucharistique de Dublin. Par contre, il assiste aux Prémisses solennelles du nouveau prêtre à Ascq le 17 juillet suivant.

D’abord professeur au petit séminaire de Saint-Riquier, le Père Leblanc est ensuite nommé curé de Framerville, toujours dans le département de la Somme. Là, il a fort à faire. Son autre père devant Dieu, le vieux chanoine Géry Rogé, curé d’Ascq, écrit à son propos à Vladimir Ghika, qui se plaignait de ne pas avoir de nouvelles de son fils spirituel : « Le cher abbé semble ne plus se préoccuper que de ses cinq paroisses[2]. Le fait est qu’il est excessivement surmené.[3] » On voit là qu’il suivait bien les traces de son mentor roumain.

Quand vient la guerre, en 1939, l’abbé Leblanc est mobilisé comme sergent dans le service de santé de l’armée. Il est aumônier du centre hospitalier du Touquet. Il est fait prisonnier en 1940 et est libéré de son camp de prisonniers de Lübeck en Allemagne deux ans plus tard. Il reprend possession de sa cure de Framerville, mais ses sermons contre l’occupant allemand le font bientôt remarquer par la Gestapo et il est arrêté le 19 mai 1944. Il meurt dans « le Train de la mort[4] » parti de Compiègne le 2 juillet 1944 en direction du camp de concentration de Dachau en Allemagne.

Même dans la mort, l’on peut dire qu’il a suivi les pas non seulement de son père spirituel roumain mais aussi ceux de son Divin Maître, comme il nomme toujours Jésus dans ses lettres.

[1] Lettre du 31 juillet 1929. AVG.

[2] Il est curé de Framerville, Lihons, Vauvillers, Herleville et Rainecourt.

[3] Lettre du 21 décembre 1939. AVG.

[4] L’appellation « Train de la mort » désigne le convoi de déportés parti le 2 juillet 1944 du camp de Royallieu à Compiègne et arrivé à Dachau le 5 juillet. Il est resté tristement célèbre sous ce nom en raison du nombre très élevé de morts survenues durant le transport. (Wikipedia.)

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 6 / 2020, p. 27.

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