Dans un numéro précédent, nous avons présenté le Père René la Fay. Il s’agit aujourd’hui de faire le portrait de son frère aîné, Georges, resté laïc. Leur petite sœur, Aimée, deviendra, elle, religieuse de l’Assomption, tandis que leur cadet, Jean, mourra, jeune, de la grippe espagnole, en 1918.
Alors que leur père Henri est ingénieur en génie civil et travaille aux salines de Djibouti, où Georges naît en 1901, ce dernier choisit la voie, plus sédentaire, d’ingénieur agricole, reprenant une grande ferme dans le Mâconnais.
Il pense, à un moment donné, à se faire prêtre, mais choisit finalement la vie laïque : « Mes attraits seront plutôt la vie de famille, mais rendue plus parfaite, vivifiée par Dieu, écrit-il. Je veux être un père de famille chrétien, faisant rayonner autour de lui la grâce de Dieu. (…) Parfois mon idéal est éclipsé par les beautés du sacerdoce, la noblesse du prêtre, son amour des âmes. »
Arrivé à l’âge de se marier, il jette son dévolu, après une retraite dans un monastère, sur une amie de sa sœur, Marguerite Verdelet. Avant même leur mariage, il écrit dans son journal : « Aujourd’hui Magui, j’ai offert ton corps à Jésus, et le mien ; il faut que nous lui appartenions tout entier et maintenant que je le lui ai offert, je le respecterai encore davantage. » Et c’est au monastère d’Auberive, auprès de Vladimir Ghika – Georges est un ami d’enfance d’Henri Caffarel[1], – que les jeunes époux feront leur voyage de noce, début juin 1928.
Ils s’inscrivent dès le départ dans la spiritualité de Vladimir Ghika. Ainsi, dans la lettre où Georges remercie le prêtre roumain de son « excellent accueil » à Auberive, il avoue un petit péché : « Il faut aussi que nous nous accusions d’un larcin : nous avons eu la bonne fortune de découvrir, dans la bibliothèque, les statuts de la Maison de St Jean ; nous les avons lus avec un intérêt croissant de ligne en ligne, les sentant en complète harmonie avec les aspirations profondes de notre âme et nous nous les sommes appropriés. Peut-être avez-vous fait un travail analogue relatif à la Famille de St Jean ? Dans ce cas nous aurions le vif désir de le connaître pour savoir si nous y trouverions notre place – si vous le jugez à propos. » Et il n’est pas question ici de mener une vie monacale, de rester chaste, non : ils auront 11 enfants !
Plus tard, il dira, dans une lettre à Vladimir Ghika : « Je me rappelle avec délices ces quelques jours passés, chez vous, à Auberive, dans l’intimité de votre maison, le bien immense que vous m’avez fait et dont je ressens tous les jours encore l’effet. » Dans une autre lettre, Georges écrit : « Merci aussi de la Femme adultère si pleine d’enseignements et où nous aimons retrouver votre pensée, cette pensée qui au début de notre union a eu sur nous tant d’influence. »
Mais Vladimir Ghika leur fait aussi visite puisqu’il se rend chez eux dans leur ferme de Chanteloup. Georges lui écrit, après sa visite : « Nous avons encore présent à l’esprit les heureux moments passés avec vous que vous avez comblés par votre visite. – Mon beau-père était très malade, condamné par les médecins qui ont renoncé à l’opérer. Du jour où vous avez dit la messe ici, il est allé mieux. Maintenant il a repris ses occupations et se porte aussi bien qu’avant. Je ne peux pas croire qu’il n’y ait qu’une simple coïncidence. Merci de votre prière. Je vous demanderai aussi de prier un peu pour mon cher Papa qui vient de mourir à Alger. C’était un excellent chrétien, un homme juste et bon qui a fait beaucoup de bien autour de lui. Il allait à la messe chaque jour. Je pense que le Seigneur l’aura reçu… »
C’est par un fils de Georges, Luc la Fay, que nous avons beaucoup d’informations concernant son père. Il le considérait comme un saint, à l’instar de Vladimir Ghika. La sanctification peut aussi passer par le mariage.
[1] Voir Actualitatea creștină juillet 2022.
Luc Verly
Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 3 / 2025, p. 27.