« Je vous ai rencontré sans m’étonner peut-être plus que de l’eau qui lave et du soleil qui luit, plus que du sol qui germe – ô le plus humble prêtre, et ce n’était plus vous déjà, tant c’était LUI… (…) Dieu, considérez-moi, où voulez-Vous que j’aille ? Je Vous ai rencontré, je Vous ai rencontré… (…) Quelque chose m’est inespéré, hors de tout espoir logique, c’est que Dieu m’aime. Et il m’appartient d’en courir l’aventure jusqu’à la béatitude. (…) Ô prêtre qui crus à ma foi et qui m’as dit croire par elle un peu plus avant aux réelles splendeurs de Jésus-Christ.[1] » Ce prêtre dont il est ici question, dans cette prose lyrique d’André Marcou, c’est très certainement Vladimir Ghika.

Ils se sont connus en 1932, par l’entremise de Génica de Saint-Cyr, enseignante comme lui, cette dernière étant d’origine roumaine. Dans ce contexte, le Père Georges Schorung a pensé que le nom d’André Marcou était la francisation d’Andrei Marcu. Mais c’était une erreur, l’acte de naissance d’André Gaston Paul Marcou dit Soulé, indique qu’il est né à Angers, le 5 janvier 1897. À part cela, nous ne savons pas grand chose de la biographie de cet homme, ni de celle de sa femme, Denyse[2], avec qui il s’est marié à Lille, le 19 février 1925.

Mgr Ghika est souvent l’hôte du couple à Paris. Mais André Marcou est un esprit inquiet, il écrit à Mgr Ghika, le 24 juillet 1938 : « Denyse et moi, en vous quittant, nous avons senti tout ce que vous avez apporté dans notre vie. Nous sommes assis sur un banc du Boulevard. Nous trouvons que nous n’avons pas su vous dire que le bien que nous pouvons nous faire désormais provient des grâces que vous avez tant contribué à nous obtenir. Nous nous taisions : je cherchais quel signe vous faire avant votre départ [pour la Roumanie] et nous souhaitions déposer un mot à [l’abbaye de] la Source[3] et, soudain, Denyse a exprimé le même désir. Elle venait de me montrer comme vous m’aviez profondément parlé avec amitié, avec paternité. J’étais honteux d’avoir été beaucoup occupé de moi, comme toujours. Elle m’aide tant à comprendre un peu, à sentir de loin, avec respect, les choses vraiment hautes qui me dépassent tant. Peut-être, dans l’absence, elle aidant, avec la grâce de Dieu, je vais m’approcher beaucoup de vous : je le demande ici par la prière. »

La séparation deviendra définitive à partir de l’été suivant, quand Vladimir Ghika rejoindra la Roumanie. La dernière lettre reçue par Vladimir Ghika date du 12 août 1943, en pleine guerre. Sans donner de nouvelles personnelles, celles-ci étant fournies dans la même lettre par leur amie commune, Clotilde, veuve du compositeur André Archainbaud[4], André Marcou envoie à Vladimir Ghika une poésie à caractère religieux évoquant le Christ comme figure du Sauveur. Lui, dont les premiers poèmes ont été publiés en 1921, continuera à publier des vers mystiques jusqu’en 1975, avec un livre posthume, la Noël des Noëls, dédié, comme il se doit, « à Denyse ».

[1] André Marcou, le Déhanché, Cahiers des poètes catholiques, Paris-Bruxelles, 1937, qui reprend une dizaine de pensées tirées des Pensées pour la suite des jours, de Vladimir Ghika.

[2] Denise Marguerite Henriette Minet, née à Lille, le 10 décembre 1896, fille de Jules Minet et de Marthe Bureau.

[3] L’abbaye bénédictine Sainte-Marie, 5 rue de la Source à Paris, où loge habituellement Vladimir Ghika.

[4] L’ouvrage cité plus haut se termine par une pièce musicale de celui-ci.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 5 / 2025, p. 27.