Michel PRAT, oblat bénédictin

Monseigneur Vladimir Ghika, dans son livre “Pensées pour la suite des jours” – page 156 Ed. Beauchesne – a écrit: “Le silence de Dieu est avant tout un silence d’amour.”
David n’en est pas convaincu lorsqu’il dit au psaume 4, verset 2a: “Quand je crie, réponds-moi, Dieu de ma justice, dans l’angoisse tu m’as mis au large.” Dans ce cas, le silence de Dieu est pour lui source d’angoisse et non pas d’amour qui l’apaiserait. Il en est de même (Ps 13(12), 4a) quand David dit: “Regarde, réponds-moi, Seigneur mon Dieu!” Le silence de Dieu ne signifie pas Son amour pour lui puisque dans la deuxième partie du verset, il est question de sa propre mort et, au verset 5, de la victoire sur lui de ses ennemis et de ses oppresseurs. Ailleurs avec la menace de l’ennemi, le psalmiste s’impatiente devant le silence de Dieu (Ps 83(82),2): “Ô Dieu, ne reste pas muet, plus de repos, plus de silence, ô Dieu!” Ou encore en Ps 109(108),1-2a: “Dieu de ma louange, ne te tais plus! Bouche méchante et bouche d’imposture s’ouvrent contre moi.”
Sur la croix, Dieu aussi est resté silencieux. Dieu n’est apparemment pas intervenu. “Et vers la neuvième heure, Jésus clama d’un grand cri: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné,” (Mt 26,46; Mc 15,34) Ce silence de Dieu était nécessaire; il fallait que le Christ souffrît et passe par la mort pour entrer dans la gloire, pour ressusciter des morts. Il fallait que le Christ prenne entièrement notre condition humaine pour entrer dans sa gloire; (Lc 24,26) On lit en Lc 23,56b: “Et le sabbat, elles -les femmes – se tinrent en repos, selon le précepte.” Après tous les événements qui se sont succédés depuis l’arrestation de Jésus jusqu’à sa mort en croix, c’est soudain de nouveau le silence complet de Dieu. Le repos du sabbat est respecté. Les violences verbales et physiques, la trahison, le reniement, les abandons sont médités. C’est le temps du questionnement; on vit dans l’attente.
Le premier jour de la semaine, des femmes et des disciples constatent que le tombeau est vide: c’est la victoire de la vie sur la mort; Ce silence de Dieu était un silence d’amour.

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