Vladimir Ghika s’est démené pour obtenir du Saint-Siège de pouvoir célébrer la liturgie dans les deux rites, latin et byzantin, ce qui était un privilège que l’on obtenait très difficilement à l’époque. Il n’a obtenu cette biritualité que quelques jours avant son ordination, le 7 octobre 1923. Nommé par l’Archevêque de Paris, Mgr Dubois, à l’église des Étrangers, rue de Sèvres, il a voulu donner aux messes byzantines qu’il célébrait lors des grandes fêtes religieuses toute la pompe qui leur sied si bien. C’est ainsi qu’il a fait la connaissance de Ioan Dumitru Chirescu (1889, Cernavodă —1980, Bucarest), qui était alors étudiant à la Schola Cantorum où il avait notamment pour professeur le prolifique compositeur français Vincent d’Indy (1851–1931), après avoir fini le conservatoire de Bucarest (1914) où il avait eu entre autres pour professeur le compositeur et folkloriste roumain Dumitru Georgescu-Kiriac (1866, Bucarest – 1928, Vienne). Ioan Chirescu était alors en même temps maître de chapelle de l’église orthodoxe roumaine de Paris, dédiée aux Saints-Archanges, sise comme aujourd’hui encore 9bis rue Jean-de-Beauvais, tout près de la Sorbonne, sans doute pour être facile d’accès aux nombreux étudiants roumains que comptait alors Paris.

Vladimir Ghika semble faire appel pour la première fois aux services de Ioan Chirescu pour la messe du 18 décembre 1925 à l’occasion de la Semaine des liturgies catholiques. Le quotidien catholique La Croix du 20 décembre 1925 décrit ainsi la cérémonie, dans un article en une : « La messe que célébra vendredi le prince Ghika dans l’église diocésaine des étrangers fut d’une grande beauté ; ordonnée avec majesté, elle déploya une pompe orientale ; les chœurs de sa liturgie sont fort beaux par la poésie profondément religieuse des paroles et par la musique en harmonie parfaite avec les paroles et les sentiments qu’elles doivent exprimer et évoquer ; ils furent exécutés avec un art accompli. » Le succès fut donc dû en partie à la virtuosité du chœur… orthodoxe.

Enchanté par la réussite de cette belle cérémonie, Vladimir Ghika fit de nouveau appel à Ioan Chirescu et à ses choristes roumains à plusieurs reprises, le 24 mai 1926, puis le 3 juin de la même année, pour une messe en faveur des Orphelins de guerre de l’œuvre catholique de l’enseignement secondaire[1]. Un autre projet échoua un peu plus tard, faute de choristes disponibles[2]. Mais cette collaboration du prélat catholique et du maître de chapelle orthodoxe s’arrêta là, car Ioan Chirescu rentra à Bucarest, où il devint directeur de la société chorale Carmen (1927–1950), dirigea le chœur de l’église Domnița Bălașa (1928–1973) et fut professeur au conservatoire, dont il devint directeur (1950–1955)[3]. Il est l’auteur de plus de 400 morceaux choraux, pour la plupart inspirés du folklore roumain. Une vie bien remplie, au service de la musique et des Églises.

[1] Lettres des 7, 10 et 31 mai 1926. Il signe ses lettres, écrites en roumain, sous la forme « Kiresco ».

[2] Lettre du 8 juin 1926.

[3] Sans doute Vladimir Ghika et Ioan D. Chirescu se sont-ils revus à Bucarest après 1939, mais nous n’avons pas de correspondance pour cette période et il faudrait éplucher dans le détail les agendas de Vladimir Ghika de cette période pour en avoir confirmation, ce que nous n’avons pas eu le temps de faire.

Luc Verly


Articol publicat în traducere, într-o formă restrânsă, în Actualitatea creștină, nr. 11 / 2019, p. 27.